French poem
La Chanson du Marchand de Mouron
by Louis Bouilhet (1821–1869)
Petits serins, petits moineaux, Passez la tête à vos barreaux, Je viens des bois et de la plaine, De mouron frais ma hotte est pleine.
Mouron ! mouron ! Qui veut du mouron !
Au long des prés et des ruisseaux, Des champs tout blonds aux verts coteaux, Parmi la mousse et la bruyère, Je vais cherchant la graine amère…
Mouron ! mouron ! Qui veut du mouron ! Pour vous cueillir le picotin, Je m’éveille, dés le matin, Car, la nuit, mes songes fidèles Sont pleins de chants et de bruits d’ailes.
Mouron ! mouron ! Qui veut du mouron !
Je suis le père des oiseaux, Et, dans leur prison de roseaux, Tous, quand je chante par la ville, Frissonnent au perchoir mobile.
Mouron ! mouron ! Qui veut du mouron ?
Amis à l’œil luisant et noir, Vous vous croirez libres, ce soir, Quand, à la grille de vos cages, S’étaleront mes gais feuillages.
Mouron ! mouron ! Qui veut du mouron !
Merles, pinsons, chardonnerets, J’ai vu vos frères des forêts, Et j’ai des nouvelles certaines Des bois, des monts, et des fontaines.
Mouron ! mouron ! Qui veut du mouron ! Je les vois venir, par milliers, Quand je passe au fond des halliers, Et, pour me jaser dans l’oreille, Plus d’un se pose à ma corbeille.
Mouron ! mouron ! Qui veut du mouron !