French poem
La Fleur rouge
by Louis Bouilhet (1821–1869)
À moi seul !… pour moi seul !… Oh ! toute ma pensée Fixe, ardente et jalouse, allait, en frémissant, Vers cette fleur de pourpre, à ta gorge placée Comme une goutte de ton sang ;
Chaude émanation, larme rouge, venue Des sources de ce cœur où tu m’as fait puiser, Et que j’aurais voulu, sur ta poitrine nue, Boire, à genoux, dans un baiser !
Ta robe, autour de toi, flottait comme un nuage ; Tes cheveux déroulés m’embaumaient en passant ; Mais je suivais toujours, sur les bords du corsage, L’étoile au disque rougissant.
À moi seul !… pour moi seul !… J’ai la fleur. Ô folie ! Ô rêve !… humide encor des tiédeurs de ta peau ; Et cette fleur n’est pas de celles qu’on oublie, Ou qu’on attache à son chapeau !
Au plus suave endroit de mon plus cher poète, Demain, dans quelque beau volume à tranche d’or, Grave, religieux, et découvrant ma tête, J’ensevelirai mon trésor ;
Afin que ― tous les deux ayant cessé de vivre ― Quelque couple, ici-bas, jeune et tendre, à son tour, Devine notre histoire, en exhumant du livre Le squelette de notre amour !