French poem
Les Raisins
by Louis Bouilhet (1821–1869)
Dans la vigne, au mur étalée, La lune glisse lentement, Et, sous la feuille dentelée, Caresse le raisin dormant.
Tout à coup la grappe en alerte S’éveille et croit le jour venu ; Chaque grain, gonflant sa peau verte, Frissonne au vent comme un sein nu.
Chaque bourgeon, rouge de honte, Semble une perle de corail ; Le tronc frémit, la sève monte, Toute la vigne est en travail.
Clarté menteuse ! erreur fatale ! Ô vigne, reprends ton sommeil ; Ce n’est point à ce reflet pâle Que ton sang deviendra vermeil.
Pampres pressés, attendez l’heure, L’aube du jour est loin encor, Et ce rayon qui vous effleure Est plus froid qu’un baiser de mort !