French poem
Lied normand
by Louis Bouilhet (1821–1869)
Sous le chèvrefeuil, Je vidais bouteille. Trois amis en deuil M’ont dit à l’oreille :
— Eh ! bon ! bon ! bon ! ― qu’on nous verse encor ! Le vin, c’est du sang ! ― le cidre, de l’or !
« prends bien garde à toi, On te fauche l’herbe. » — « Je n’ai pas d’effroi, J’ai rentré ma gerbe ! »
— Eh ! bon ! bon ! bon ! ― qu’on nous verse encor ! Le vin, c’est du sang ! ― le cidre, de l’or ! Il prend son cheval, Sa bride et sa selle, Et court, par le val, Au seuil de sa belle.
— Eh ! bon ! bon ! bon ! ― qu’on nous verse encor ! Le vin, c’est du sang ! ― le cidre, de l’or !
Y trouve un garçon, Qui faisait ripaille, Lequel eut frisson, De peur de bataille.
— Eh ! bon ! bon ! bon ! ― qu’on nous verse encor ! Le vin, c’est du sang ! ― le cidre, de l’or !
— « Reste désormais Près de cette femme ; Tu n’auras jamais L’orgueil de mon âme ! »
— Eh ! bon ! bon ! bon ! ― qu’on nous verse encor ! Le vin, c’est du sang ! ― le cidre, de l’or ! — « Au fond de son cœur, J’ai cueilli naguère Une belle fleur Qu’on ne trouve guère.
— Eh ! bon ! bon ! bon ! ― qu’on nous verse encor ! Le vin, c’est du sang ! ― le cidre, de l’or !
« J’ai couché trois ans, La nuit avec elle, Dans de beaux draps blancs, Garnis de dentelle.
— Eh ! bon ! bon ! bon ! ― qu’on nous verse encor ! Le vin, c’est du sang ! ― le cidre, de l’or !
« Reste et sois joyeux ! » — J’ai trois enfants d’elle L’un est à Bayeux, L’autre à la Rochelle !
— Eh ! bon ! bon ! bon ! ― qu’on nous verse encor ! Le vin, c’est du sang ! ― le cidre, de l’or !
« Le troisième, ici, Dessous les charmilles ! Fait tout son souci De courir les filles !…
— Eh ! bon ! bon ! bon ! ― qu’on nous verse encor ! Le vin, c’est du sang ! ― le cidre, de l’or !
« ― Reste, beau vainqueur ! — Moi qui suis leur père, J’ai noyé mon cœur Au fond d’un grand verre ! »
— Eh ! bon ! bon ! bon ! ― qu’on nous verse encor ! Le vin, c’est du sang ! ― le cidre, de l’or !