French poem
Ode : Au bout de mon humble domaine
by Louis de Fontanes (1757–1821)
Au bout de mon humble domaine, Six tilleuls au front arrondi, Dominant le cours de la Seine, Balancent une ombre incertaine Qui me cache aux feux du midi.
Sans affaire et sans esclavage, Souvent j’y goûte un doux repos ; Désoccupé comme un sauvage Qu’amuse auprès d’un beau rivage Le flot qui suit toujours les flots.
Ici, la rêveuse Paresse S’assied les yeux demi-fermés, Et, sous sa main qui me caresse, Une langueur enchanteresse Tient mes sens vaincus et charmés.
Des feuillets d’Ovide et d’Horace Flottent épars sur ses genoux ; Je lis, je dors, tout soin s’efface, Je ne fais rien, et le jour passe ; Cet emploi du jour est si doux !
Tandis que d’une paix profonde Je goûte ainsi la volupté, Des rimeurs dont le siècle abonde La muse toujours plus féconde Insulte à ma stérilité.
Je perds mon temps s’il faut les croire, Eux seuls du siècle sont l’honneur, J’y consens : qu’ils gardent leur gloire, Je perds bien peu pour ma mémoire ; Je gagne tout pour mon bonheur.