Versos French Louis de Fontanes Ode : Où vas-tu, jeune beauté ?

French poem

Ode : Où vas-tu, jeune beauté ?

by (1757–1821)

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Où vas-tu, jeune Beauté ? Bientôt Vesper va descendre ; Dans cet asile écarté La nuit pourra te surprendre ; Du haut d’un tertre lointain, J’ai vu ton pied clandestin Se glisser sous la bruyère : Souvent ton œil incertain Se détournait en arrière.

Mais ton pas s’est ralenti, Il s’arrête, et tu chancelles ; Un bruit sourd a retenti, Tu sens des craintes nouvelles : Est-ce un faon qui te fait peur ? Est-ce la voix de ta sœur Qui t’appelle à la veillée ? Est-ce un faune ravisseur Qui soulève la feuillée ?

Dieux ! un jeune homme paraît, Dans ces bois il suit ta route, T’appelant d’un doigt discret Au plus épais de leur voûte ; Il s’approche, et tu souris ; Diane sous ces abris Dérobe son front modeste : Un doux baiser t’est surpris, Les bois m’ont caché le reste.

Pan, et la Terre, et Sylvain, En ont pu voir davantage ; Jamais ne s’égare en vain Une nymphe de ton âge ; Les zéphirs ont murmuré, Philomèle a soupiré Sa chanson mélodieuse ; Le ciel est plus azuré, Vénus est plus radieuse.

Nymphe aimable, ah ! ne crains pas Que mon indiscrète lyre Ose flétrir tes appas En publiant ton délire ; J’aimai : j’excuse l’amour ; Pars sans bruit : qu’à ton retour Nul écho ne te décèle, Et que jusqu’au dernier jour Ton amant te soit fidèle !

Si, perfide à ses serments, Hélas ! il devient volage, Du cœur je sais les tourments, Et ma lyre les soulage ; Je chanterai dans ces lieux : Des pleurs mouilleront tes yeux Au souvenir du parjure, Mais ces pleurs délicieux D’amour calment la blessure.