Versos French Louis Fréchette À M. Pamphile Lemay

French poem

À M. Pamphile Lemay

by (1839–1908)

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Poëte, on t’applaudit ! poëte, on te couronne ! Le laurier du vainqueur sur ta tête rayonne ; Le passant jette à flots des fleurs sur ton chemin ; Au tournoi de la lyre on t’a cédé l’arène ; Ta muse à ses rivaux sourit en souveraine : Et je ne suis plus là pour te serrer la main !

Pourtant, naguère encor, suivant la même étoile, Nous n’avions qu’une nef, nous n’avions qu’une voile ; Nos luths oom’rae nos cœurs vibraient à l’unisson. Poètes de vingt ans, c’étaient luttes sans trêve : C’était à qui de nous ferait le plus beau rêve, C’était à qui ferait la plus belle chanson.

Nous rêvions, nous chantions, — c’était là notre vie. Et, rivaux fraternels, sans fiel et sans envie, Nous rendions à la Muse un hommage pareil. Tu charmais les zéphyrs, je narguais la, bourrasque ; Et noua voguions tous deux, toi songeur, moi fantasque, L’âme ivre de parfums, de joie et de soleil.

Nos soirs étaient sereins, nos matins étaient roses, Tout était calme et pur ; nuls nuages moroses N’estompaient l’horizon, — ô présage moqueur ! J’aimais… et je croyais à l’amitié fidèle ; Tout me parlait d’espoir, quand le sort d’un coup d’aile, Brisa mes rêves d’or, ma boussole et mon cœur !

L’orage m’emporta loin de la blonde rive Où ton esquif flottait toujours à la dérive, Bercé par des flots bleus pleins d’ombrages mouvants. Et depuis, ballotté par la mer écumante, Hochet de l’ouragan, jouet de la tourmente, J’erre de vague en vague à la merci des vents.

Oui, je suis loin, ami ! mais souvent les rafales M’apportent des lambeaux de clameurs triomphales ; Et j’écoute, orgueilleux, ton nom que l’on redit… Alors je me demande, en secret, dans mon âme, Si tu songes parfois, quand la foule t’acclame, A celui qui jadis tant de fois t’applaudit,

Chicago, octobre 1869.