French poem
Élégie
by Louis Fréchette (1839–1908)
Les jours de soleil sont passés, Et l’automne fait sa vendange ; Dans l’enceinte des trépassés, La feuille tombe à flots pressés : Dors, mon doux ange !
Il était frais et blond comme un Enfant-Jésus… Dieu nous envoie, hélas ! des douleurs bien cruelles. Un soir, je le berçais ; des anges sont venus Qui l’ont emporté sur leurs ailes,
J’épiais son sommeil, et, quand il remuait, Je baisais à genoux ses petites mains blanches… Il est là maintenant, sous ce tertre muet, Prisonnier entre quatre planches.
Les jours de soleil sont passés, Et l’automne fait sa vendange ; Dans l’enceinte des trépassés, La feuille tombe à flots pressés : Dors, mon doux ange !
Et quand je caressais ses petits pieds frileux, — Lui que je n’aurais pas donné pour des empires ! Sur sa lèvre de rose, au coin de ses yeux bleus, Nageaient des groupes de sourires.
Il bredouillait des mots d’une étrange douceur, Des mots incohérents, indécis, adorables ; Et moi qui l’écoutais, je sentais dans mon cœur Courir des frissons ineffables.
Les jours de soleil sont passés, Et l’automne fait sa vendange ; Dans l’enceinte des trépassés, La feuille tombe à flots pressés ; Dors, mon doux ange !
Il est là qui repose en son linceul glacé, Au cimetière, hélas ! sa dernière demeure, Songe-t-il quelquefois, le pauvre délaissé, A sa mère qui souffre et pleure ?
Oh ! oui ; car, je le sens, si dans la tombe dort Son petit corps roidi, froid, immobile, blâme, Son âme plane au ciel avec des ailes d’or, Devant la face de Dieu même !
Le dernier beau jour eut passé ; L’automne a fini sa vendange ; La neige tombe à flot pressé… Dans le ciel où Dieu t’a placé, Pense à ta mère, mon doux ange !