French poem
Le Drapeau anglais
by Louis Fréchette (1839–1908)
Regarde, me disait mon père, Ce drapeau vaillamment porté ; Il a fait ton pays prospère, Et respecte ta liberté.
C’est le drapeau de l’Angleterre ; Sans tache, sur le firmament, Presque à tous les points de la terre Il flotte glorieusement.
Oui, sur un huitième du globe C’est l’étendard officiel ; Mais le coin d’azur qu’il dérobe Nulle part n’obscurcit le ciel.
Il brille sur tous les rivages ; Il a semé tous les progrès Au bout des mers les plus sauvages Comme aux plus lointaines forêts.
Laissant partout sa fière empreinte, Aux plus féroces nations Il a porté la flamme sainte De nos civilisations.
Devant l’esprit humain en marche Mainte fois son pli rayonna, Comme la colombe de l’arche, Ou comme l’éclair du Sina.
Longtemps ce glorieux insigne De notre gloire fut jaloux, Comme s’il se fût cru seul digne De marcher de pair avec nous.
Avec lui, dans bien des batailles, Sur tous les points de l’univers, Nous avons mesuré nos tailles Avec des résultats divers.
Un jour, notre bannière auguste Devant lui dut se replier ; Mais alors s’il nous fut injuste, Il a su le faire oublier.
Et si maintenant son pli vibre À nos remparts jadis gaulois, C’est au moins sur un peuple libre Qui n’a rien perdu de ses droits.
Oublions les jours de tempêtes ; Et, mon enfant, puisque aujourd’hui Ce drapeau flotte sur nos têtes, II faut s’incliner devant lui.
― Mais, père, pardonnez si j’ose... N’en est-il pas un autre, à nous ? ― Ah ! celui-là, c’est autre chose : Il faut le baiser à genoux !