French poem
Le Québec
by Louis Fréchette (1839–1908)
Le Couchant luit là-bas comme un vaste incendie ; Le soleil sur les flots sème un rayon mourant ; Les derniers bruits du jour chantent leur mélodie ; Et, dressant fièrement sa carène hardie. Le Québec fend au vol les eaux du Saint-Laurent.
Le long panache dont sa tête est couronnée Déroule dans les airs ses ondoyants réseaux ; Il tourmente à grand bruit, la vague déchaînée… Il passe, il fuit, laissant une longue traînée Noire dans le ciel pur et blanche sur les eaux.
O fleuve, qu’ils sont loin les jours où nul servage N’avait encor dompté ton orgueil éclatant ; Où de légers wigwams ornaient seuls ton rivage ; Où tu n’avais bercé sur ta houle sauvage Que la frêle pagaie et le bouleau flottant !
Penchant leur front pensif sur ton urne qui gronde, O vieux Niagara, qu’ont donc dit tes forêts, En voyant, jusqu’au fond de ta grotte profonde, Ta sombre royauté crouler comme ton onde, Et s’éclipser devant ce géant du progrès ?
Vous êtes rois tous deux, étonnante structure Et toi, fier Saint-Laurent, au cours majestueux : Si l’un est couronné par sa belle nature L’autre, voguant drapé dans son architecture, Est noble comme lui, comme lui fastueux !
À bord du Québec, 2 juillet 1866.