French poem
Sur la tombe de Cadieux
by Louis Fréchette (1839–1908)
Sur un îlot désert de l’Ottawa sauvage, Le voyageur remarque, à deux pas du rivage, Un tertre que la ronce achève de couvrir : Un jour quelqu’un, ici, s’arrêta pour mourir. L’humble tombe des bois n’a ni grille ni marbre ; Mais, poëte naïf, à l’écorce d’un arbre Cet étrange mourant confia son regret, Jetant sa plainte amère au vent de la forêt. La légende a doré cette histoire touchante : L’arbre n’est plus debout ; mais le peuple qui chante, Bien souvent, au hameau, fredonne eu soupirant La complainte qu’alors chanta Cadieux mourant.
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O sinistre Ottawa, combien de sombres drames Dieu n’a-t-il pas écrits dans le pli de tes lames Et sur les flancs rugueux de tes âpres récifs ! Dans les ombres du soir, combien de cris plaintifs, Combien de longs sanglots, combien de plaintes vagues Ne se mêlent-ils pas aux clameurs de tes vagues ? Ah ! c’est que, sous tes flots et dans tes sables mous, Bien des corps délaissés dorment dans tes remous ! Ceux-
là n’ont pas même eu leurs quelques pieds de terre : Leur linceul est l’oubli ; leur tombe est un mystère. Jamais, an fond des bois, le touriste rêvant Ne lira leurs adieux sur le bouleau mouvant ; Et, le soir, au foyer, nulle voix printanière Ne mêlera leurs noms aux chants de la chaumière. Pour eux nuls souvenirs, nul bruit de pas aimés... Dans vos tombeaux errants, pauvres perdus, donnez !
Ottawa, novembre 1866.