Versos French Louis Fréchette Sur sa tombe

French poem

Sur sa tombe

by (1839–1908)

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Dix printemps n’avaient pas encore Fleuri sur son front pâle et doux ; De ses grands yeux fixés sur nous S’échappaient des rayons d’aurore.

L’enfance avec tous ses parfums, Rayonnante comme un symbole, Enveloppait d’une auréole, Les ondes de ses cheveux bruns.

Sa petite âme, à la lumière, Rose mystique, s’entr’ouvrait ; Auprès d’elle l’on respirait Une atmosphère printanière.

Et cependant, reflet furtif, Malgré la jeunesse et sa sève, On pouvait voir le pli du rêve Contracter son sourcil pensif.

C’était une fleur fraîche éclose Qui sur sa tige se penchait ; Et la main qui s’en approchait Craignait d’effeuiller une rose.

Souvent, — beaucoup s’en souviendront, Malgré l’éclat de sa prunelle, L’on croyait voir l’ombre d’une aile Passer vaguement sur son front.

Puis, tout à coup, lueurs étranges, Tout son visage rayonnait ; Ou eût dit qu’elle revenait D’une entrevue avec les anges…

Hélas ! tout n’est que vanité ! Tout eu ce monde est éphémère ! Et Dieu t’enlève, ô pauvre mère, Ce trésor qu’il t’avait prêté !

Cette âme était une exilée Sur cette terre et parmi nous… Ce sont les chérubins jaloux Qui l’ont auprès d’eux rappelée.

C’était, dans son prisme vermeil, La goutte d’eau du ciel venue, Et qui remonte dans la nue Avec un rayon de soleil !