French poem
Immortalité
by Louisa Siefert (1845–1877)
Le chêne dans sa chute écrase le roseau, Le torrent dans sa course entraîne l’herbe folle ; Le passé prend la vie, & le vent la parole, La mort prend tout : l’espoir & le nid & l’oiseau.
L’astre s’éteint, la voix expire sur les lèvres, Quelqu’un ou quelque chose à tout instant s’en va. Ce qui brûlait le cœur, ce que l’âme rêva, Tout s’efface : les pleurs, les sourires, les fièvres.
Et cependant l’amour triomphe de l’oubli ; La matière que rien ne détruit se transforme ; Le gland semé d’hier devient le chêne énorme, Un monde nouveau sort d’un monde enseveli.
Comme l’arbre, renaît le passé feuille à feuille, Comme l’oiseau, le cœur retrouve sa chanson ; L’âme a son rêve encore & le champ sa moisson, Car ce que l’homme perd, c’est Dieu qui le recueille.
Champollon, septembre 18…