French poem
Jadis enfant joyeuse & folle
by Louisa Siefert (1845–1877)
Jadis enfant joyeuse & folle, Toujours extrême en mes désirs, Combien de fois une parole Me prit à mes jeunes plaisirs !
Le seul mot deviné de gloire Me causait des enivrements : — Je rappelais à ma mémoire L’exemple des grands dévoûments ;
J’enviais jusqu’à la souffrance Qui, trempant l’âme à sa valeur, Force même l’indifférence D’honorer en nous le malheur ;
Dans mon imprudente énergie Féconde en rêves ébauchés, J’avais presque la nostalgie Des bastilles & des bûchers ;
Et l’esprit hanté des merveilles Des fastes de la nation, Ce seul cri remplissait mes veilles : Réforme & Révolution !
Car je refusais de comprendre Q’il n’est pas besoin d’échafaud, Et qu’un noble rang est à prendre Sans aller si loin ni si haut.
L’amour, à sa chaude lumière, Vint alors éclairer mon cœur, Librement je l’ai la première Reconnu, proclamé vainqueur ;
J’ai donné de longues années À ces fiers tourments ingénus, — Puis d’autres épreuves sont nées, Puis d’autres chagrins sont venus.
Maintenant la vertu stoïque Réveille en moi l’ancien espoir Et me dit : « Il n’est d’héroïque Que l’honneur & que le devoir ! »
Mais calmant mon effervescence Prête à partir aux grands combats : « Sache donc tourner ta puissance Toi-même à te vaincre tout bas. »