French poem
Romance (2)
by Lucile Duplessis (1770–1794)
Sur la pente de la colline Qui borne d’ici l’horizon, Distinguez-vous cette chaumine Qu’accompagne un petit donjon ? Là, dans la paix et le silence, Là, deux amans, enfin époux, De leur tendre persévérance Savourent les fruits les plus doux.
L’histoire en est des plus touchantes. Vous qui gémissez sous la loi De durs parents, jeunes amantes, Approchez-vous, écoutez-moi. Courageuse autant que fidèle Cécile ainsi que son amant Peuvent vous servir de modèle Pour un semblable errement.
De la nature et de sa mère, Cécile, élève seulement, Possédoit une âme trop fière Pour prendre d’autre enseignement. Alain, jeune homme bon et sage, Sut lui plaire sans beaucoup d’art, Heureux Alain ! Ce fut l’ouvrage D’un seul moment, d’un seul regard.
Un autre que lui de Cécile Poursuivait ardemment le cœur. Dans l’art d’écrire maître habile, Profond politique, orateur, Il savait tout hors l’art de plaire. Novice encore en fait d’amour Colmat n’avoit pu que du père Obtenir un tendre retour.
Mais Colmat l’âme satisfaite Du consentement paternel Croit sa félicité parfaite Et déjà pense être à l’autel. Déjà, dans sa vaste demeure, Le lit nuptial à grand frais S’élève ; il n’attend plus que l’heure De se voir heureux pour jamais.
Le père enfin dit à Cécile : « Je ne vous donne qu’un moment. Tout subterfuge est inutile ; Optez : Colmat ou le couvent. — Une union mal assortie Plus qu’un cloître me feroit mal ; Mieux vaut sortir de la vie Que d’y traîner un joug fatal. »
Cécile au couvent est menée ; On l’y reçoit à bras ouvert, Un peu d’or hâte la journée Qui doit en priver l’Univers. Alain sait tout. Cécile en larmes S’est concertée avec Alain Et l’amour prépare les armes Pour combattre un père inhumain.
Le temple s’ouvre et la victime S’avance, mais d’un pas tardif ; Alain la suit des yeux, l’anime, Et n’attend qu’un regard furtif. « Ma fille, dit alors le prêtre, Que venez-vous chercher ici ? Venez-vous à Dieu vous soumettre, Que demandez-vous ? — Un mari. »
Au mot, malgré la présence Et de Colmat et des parens, Ardent et fier, Alain s’élance, Cécile est dans ses bras tremblans. Puis, sans sortir de cet asile, L’un l’autre se donnant la main, « Dieu, reçois les vœux de Cécile. « Dieu, reçois le serment d’Alain. »
Toutes les nonnes douairières Prirent la fuite de dépit. Le prêtre changea de prières, Le père enfin y consentit.
Les deux époux dès le soir même De ce beau jour........ Goutèrent le bonheur suprême Dans leur foyer, simple comme eux.