French poem
Mozart
by Marcel Proust (1871–1922)
Italienne aux bras d'un Prince de Bavière Dont l'œil triste et glacé s'enchante à sa langueur! Dans ses jardins frileux il tient contre son cœur Ses seins mûris à l'ombre, où têter la lumière.
Sa tendre âme allemande,—un si profond soupir!— Goûte enfin la paresse ardente d'être aimée, Il livre aux mains trop faibles pour le retenir Le rayonnant espoir de sa charmée.
Chérubin, Don Juan! loin de l'oubli qui fane Debout dans les parfums tant il foula de fleurs Que le vent dispersa sans en sécher les pleurs Des jardins andalous aux tombes de Toscane!
Dans le parc allemand où brument les ennuis, L'Italienne encore est reine de la nuit. Son haleine y fait l'air doux et spirituel Et sa Flûte enchantée égoutte avec amour Dans l'ombre chaude encor des adieux d'un beau jour La fraîcheur des sorbets, des baisers et du ciel.