French poem
À Délie, II
by Marceline Desbordes-Valmore
Par un badinage enchanteur, Vous aussi, vous m’avez trompée ! Vous m’avez fait embrasser une erreur : Légère comme vous, elle s’est échappée. Pour me guérir du mal qu’Amour m’a fait, Vous avez abusé de votre esprit aimable ; Et je vous trouverais coupable, Si je pouvais en vous trouver rien d’imparfait. Je l’ai vu cet amant si discret et si tendre ; J’ai suivi son maintien, son silence, sa voix : Ai-je pu m’abuser sur l’objet de son choix ? Ses regards vous parlaient, et j’ai su les entendre. Mon cœur est éclairé, mais il n’est point jaloux. J’ai lu ces vers charmants où son âme respire ; C’est l’amour qui l’inspire, Et l’inspire pour vous.
Et moi, pour vous aussi je veux être la même : Non, vous n’inspirez pas un sentiment léger ; Que ce soit d’amitié, d’amour, que l’on vous aime, Le cœur qui vous aima ne peut jamais changer.
Laissez-moi ma retraite et ma mélancolie ; Je la préfère à l’ivresse d’un jour : On peut rire avec la folie, Mais il n’est pas prudent de rire avec l’Amour. Laissez, laissez-moi fuir un danger plein de charmes ; Ne m’offrez plus un cœur qui n’est qu’à vous : Le badinage le plus doux Finit quelquefois par les larmes.
Mais je n’ai rien perdu ; la tranquille amitié Redeviendra bientôt le charme de ma vie : Je renonce à l’amant, et je garde une amie ; C’est du bonheur la plus douce moitié.