Versos French Marceline Desbordes-Valmore À Pauline Duchambge (2)

French poem

À Pauline Duchambge (2)

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Quand tu te ferais sœur grise, Un bandeau blanc sur les yeux ; Quand d’une prière apprise, Tu tourmenterais les cieux ; Quand sur les pauvres penchée Mouillant leurs cris de tes pleurs, Par ta blessure cachée, Tu sonderais leurs douleurs :

Quand tu pourrais, sœur Morave, Silencieuse à toujours, Sous une loi morne et grave, Immobiliser tes jours ; Cesserais-tu, mon pauvre ange, D’écouter vivre et souffrir, Ton cœur, ce malade étrange Qui n’a peur que de guérir !

Quand sur le marbre et la pierre, Tu verserais l’oraison, Pour évoquer la lumière, Qui rallume la raison ; Quand ta voix éteinte au monde, S’enfermerait sans retour, Une autre voix plus profonde, Te crierait encore : « Amour ! »

Tous les cloîtres de la terre, Mentent à ton désespoir ; Dans son plus chaste mystère, Dieu n’a pas de manteau noir, Et le reclus prêt à rendre Ses comptes au Créateur, Ne pourra que trop comprendre, Qu’il manque un cœur à ton cœur !

Reste au monde ! plaide encore ! Ton procès n’est pas fini ; Pour un crime que j’ignore, L’amour tendre y fut banni. Aime en vain ; donne et pardonne, À qui ne t’a pas compris ; Souris à qui t’abandonne ; Va ! l’on n’aime qu’à ce prix !