French poem
Ave Maria
by Marceline Desbordes-Valmore
Ave Maria ! Sur l’âme qui pleure, Chante et verse l’heure, Où l’ange pria !
Quand j’entendais le soir, Trembler à mon oreille, L’Angélus qui s’éveille, Comme un germe d’espoir,
Rêveuse, sur ma porte, Je rappelais tout bas, Quelque espérance morte, D’absence ou de trépas.
Ave Maria ! Sur l’âme qui pleure, Chante et verse l’heure, Où l’ange pria !
Tout ce que nous pleurons, Plein d’une grâce austère, Revient-il sur la terre, Pour nous dire « Espérons ! » Car à ce ciel qui sonne, Ma tristesse a frémi, Comme une main frissonne, Sous la main d’un ami !
Ave Maria ! Sur l’âme qui pleure, Chante et verse l’heure, Où l’ange pria !
Ainsi qu’au fond des fleurs, Passe une brise errante, Cette cloche vibrante, Entrait dans mes douleurs ; Je sentais que Dieu même À son secret d’amour, Et j’osais dire : j’aime ! À ce bon soir du jour.
Ave Maria ! Sur l’âme qui pleure, Chante et verse l’heure, Où l’ange pria !
Soupirs de l’Angélus, Vos tintemens tranquilles, Dans les cris de nos villes, Ne me parviennent plus : Mais, seule et triste encore, Quand s’en va le soleil, Ma mémoire sonore, Tinte dans mon sommeil :
Ave Maria ! Sur l’âme qui pleure, Chante et verse l’heure, Où l’ange pria !