Versos French Marceline Desbordes-Valmore Boïeldieu

French poem

Boïeldieu

by

Listen in the reader

Toujours quelque cyprès se cache dans nos fleurs ; Toujours les noms aimés sont arrosés de pleurs !

Boïeldieu ! ton nom seul nous fut une caresse : Qui de nous n’a chanté les chants de ta jeunesse ? Qui ne porte avec soi dans un frais souvenir, Tes cantates d’amour volant vers l’avenir ? Chaque note échappée à ta lèvre suave, Chaque songe attendri que modula ton cœur,

Bondissant de musique ou poignant de langueur, Enchante l’homme libre ou fait pleurer l’esclave : L’adolescent rêveurt te gémit dans les bois ; Sur ses vœux oppressés ta romance murmure, Car les ruisseaux n’ont pas une grâce plus pure, Que la grâce qui coule aux hymnes de ta voix !

Aussi, ta gloire est sainte entre toutes les gloires ; Jamais un fiel amer n’en corrompit le cours ; Tu n’eus que des amis au monde ! et tes beaux jours Sont encor chauds et doux au fond de leurs mémoires !

Et ta cité s’émeut ! la Normande aujourd’hui, S’éveille et veut ton cœur et le nom de ta mère ! Qu’a-t-elle répandu sur l’indigent ennui, Qui te rendit la gloire amère ?

Elle ! qui marchanda les traits de son enfant, Qu’une savante main incrusta sur l’albâtre ; Elle ! qui t’ignorait, quand la France idolâtre, Lui jeta ton nom triomphant !

Ô richesse dormeuse, es-tu partout la même ? Boïeldieu ! sur le sol où séchait ton laurier, Écoute ! au toit du pauvre et dans l’humble atelier, Écoute si c’est là qu’on te pleure et qu’on t’aime !

À ton corps qui n’a plus qu’un cercueil pour gardien, Qui donc ose arracher le cœur qui fut si tendre ? Couronnement hardi ! ne pouvait-on attendre, Que le temps sous la tombe ait dissous leur lien ?

Tout mon être a pris froid devant cette œuvre étrange, Comme si l’on brisait une fibre à mon cœur. L’espérance est pieuse ! et voit avec terreur, Déchirer l’enveloppe où s’enfermait un ange !

Sur tant de pleurs chantés, dans les cieux attendus, Les encensoirs chrétiens n’ont pas brûlé leur flamme : Mais, les sanglots poussés au départ de ton âme, Ton âme qui montait, les a tous entendus !

Oui ! l’église d’en haut t’ouvrait une chapelle, Sans porte ! temple immense où ton auteur t’appelle ; Plein d’anges rougissans de tes maux d’ici-bas, Qui tendaient à ton vol leurs ailes et leurs bras !

Alors que pour l’un d’eux l’éternité s’allume, Qu’importe qu’à ses pieds un cierge se consume ?

Là, qui l’a demandé : « D’où viens-tu Boïeldieu ? » Le rossignol sait-il l’arbre de sa naissance ? Un sonore univers vibra sous sa puissance ; Tombé du ciel, il chante et s’en retourne à Dieu !