Versos French Marceline Desbordes-Valmore Le Ruban

French poem

Le Ruban

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Cette couleur, autrefois adorée, Ne doit plus être ma couleur ; Elle blesse mes yeux, elle attriste mon cœur, En retraçant l’espoir qui m’avait égarée. Pour un objet plus frivole que moi, Reprenez ce lien qui n’a rien de durable; Celui qui m’enchaîna longtemps sous votre loi Ne me parut que trop aimable ! Il est brisé par vous, et brisé sans retour :

Faut-il en rappeler le souvenir pénible ? Oubliez que je fus sensible, Je l’oublîrai peut-être un jour.

Je pardonne à votre inconstance Les maux qu’elle m’a fait souffrir ; Leur excès m’en a su guérir : C’est à votre abandon que je dois l’existence. J’ai repris le serment d’être à vous pour toujours ; Mais mon âme un instant fut unie à la vôtre, Et, je le sens, jamais un autre N’aura mes vœux, ne fera mes beaux jours. Ces jours consacrés à vous plaire, Ces vœux, si tendres et si doux, Et toujours inspirés par vous, Désormais qu’en pourrai-je faire ? Aime-t-on dès qu’on veut aimer ? Si je trouve un amant plus fidèle et plus tendre,

Mieux que vous il saura m’entendre; Mais comme vous saura-t-il me charmer ? Pourquoi feignez-vous de le croire ? Vous offensez l’amour, en accusant mon cœur : Ah ! cet amour eût fait ma gloire, S’il avait fait votre bonheur ! Votre bonheur, hélas ! sera d’être volage ; Vous séduirez encor dès qu’on vous entendra ; Vous ferez le tourment de qui vous aimera ; Et de vous, en fuyant, j’ai gardé cette image :

« Aussi léger que prompt à s’enflammer, De l’amour en riant il inspire l’ivresse ; Mais pourquoi, quand son amour cesse, Ne cesse-t-on pas de l’aimer ? »