Versos French Marceline Desbordes-Valmore Les Poissons d’or

French poem

Les Poissons d’or

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Que font les poissons d’or sous la prison de verre, Asile transparent rafraîchi de fougère : Nagent-ils au soleil dans ce frêle vaisseau Où vous leur répandez un éternel ruisseau ?

Pour respirer la fleur que vous avez cueillie, Dès que vous y penchez votre ombre recueillie, Ces mobiles esprits du fluide élément Remontent-ils joyeux au bord du lac dormant ?

Égayez-vous leur temps d’exil sous la rivière, En garnissant d’oiseaux la fragile barrière Où vous allez suspendre et baigner vos ennuis, Pour rafraîchir vos jours, rêveurs comme vos nuits ?

Parfois l’aigle sur l’onde attache sa paupière, Et s’inonde à plaisir d’une calme lumière : Ainsi, près du miroir inspirateur de l’eau, Le génie, aigle ardent, sort libre du cerveau.

Comme dans l’Orient, au fond de votre chambre, Où ne gèle jamais l’haleine de décembre, Voit-on ce filet d’eau circuler nuit et jour, Pour faire aux poissons d’or un tiède et clair séjour ?

Oh ! que ne puis-je atteindre à ces molles demeures Pour glisser alentour de vos limpides heures, Que n’altéra jamais la haine au poulx fiévreux ; Vos heures ! dons du ciel voués aux malheureux.

Vos heures, d’où coula comme un divin breuvage La guérison des sens par la raison du sage ; Vos heures, que longtemps puissions-nous voir encor Briller sous le soleil comme les poissons d’or !