French poem
Plus de Chants
by Marceline Desbordes-Valmore
Enfant d’un nid loin du soleil éclos, Tombée un jour du faîte des collines, Ouvrant à Dieu mes ailes orphelines, Poussée aux vents sur la terre ou les flots, Mon cœur chantait, mais avec des sanglots.
Frères quittés, doux frères, au revoir ! En parcourant nos chemins sans barrière, Tous attirés vers la même lumière, Pour remonter au céleste pouvoir, Allons tremper nos ailes dans l’espoir !
Pour louer Dieu, dès que je pus chanter, Que m’importait ma frêle voix de femme ? Tout le concert se tenait dans mon âme ; Que l’on passât sans daigner m’écouter, Je louais Dieu ! qui pouvait m’arrêter ?
Le front vibrant d’étranges et doux sons, Toute ravie et jeune en solitude, Trouvant le monde assez beau sans l’étude, Je souriais, rebelle à ses leçons, Le cœur gonflé d’inédites chansons !
J’étais l’oiseau dans les branches caché, S’émerveillant tout seul, sans qu’il se doute Que le faneur fatigué qui l’écoute, Dont le sommeil à l’ombre est empêché, S’en va plus loin tout morose et fâché.
Convive sobre et suspendue aux fleurs, J’ai pris longtemps mon sort pour une fête ; Mais l’ouragan a sifflé sur ma tête, Les grands échos m’ont crié leurs douleurs : Et je les chante affaiblis de mes pleurs.
La solitude est encor de mon goût ; Je crois toujours à l’Auteur de mon être : Mes beaux enfans me l’ont tant fait connaître ! Je monte à lui, je le cherche partout ; Mais de chansons, plus une, oh ! plus du tout !