Versos French Marie Krysinska Rocaille

French poem

Rocaille

by (1857–1908)

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Le jeune abbé du Plessys Depuis Que Marquisette va, le menant À la laisse d’un amour décevant Dépérit à vue d’œil, sans cesse est prêt de choir, Sa passion et les dragées de son drageoir Lui servent d’unique aliment.

En promenade il suit l’inhumaine, portant Son éventail et son bouquet, d’un air mourant, Comme si ce poids léger Autant qu’un monde pesait.

Tant que notre galant ne s’écarte pas trop Du ton de causerie honnête — Où l’on parle de Monsieur Diderot D’un incident du jeu chez le Roi, du tableau Nouvellement produit par Greuze — Marquisette Babille avec l’abbé, s’anime, tel un clerc, À lui tenir tête.

Et il faut voir comme cela lui va L’animation, qui fait l’incarnat De son teint plus vif, l’œil plus clair Près de la chevelure poudrée à frimas.

Mais si, d’aventure, l’abbé Risque un madrigal enflammé Marquisette Laisse dire, sans se fâcher, Seulement, à ce point distraite, Le regard, au loin, si perdu, Que l’on pourrait gager Qu’elle n’écoute plus.

La séduisante prude raffole des bêtes ; Ce qui parfois Fait dire à Monsieur du Plessys Amèrement, qu’à cause de cela Il garde un peu d’espoir — entendant par ceci Que l’Amour l’a rendu mieux que les bêtes, bête.

Dans une volière d’or, s’ébat un essaim D’oiseaux privés — Les familiers de Marquisette — Qui, par sa voix appelés, Viennent se poser Sur ses blanches épaules et sur son beau sein, Formant une guirlande qui l’enlace De grâce

Et digne, à tous égards Du pinceau de Fragonard.

Toutefois, l’animal le mieux aimé, Le chéri et le benjamin Est un bichon blanc, ondulé À frimousse de Scaramouche, au nez mutin.

Or, un jour que Marquisette Serre son précieux bichon entre ses bras, L’abbé assis, Rêveur, sur le banc, auprès de celle qui tient Toute son âme, — en même temps que le chien — L’abbé donne un baiser à la petite bête Qui lui répond, par un grognement discourtois.

Cependant Marquisette, qui veut payer Les dettes de son favori, Rend le baiser À Monsieur du Plessys — De l’aubaine grandement ahuri — Sans trop savoir ce qu’elle fait.

Or, pauvre amant, sachez-le bien, Qu’en vous accordant ce doux bien, Votre belle céda À la passion qu’elle a Pour son chien.