French poem
Le vent roulait les feuilles mortes ; mes pensées
by Maurice Bouchor (1855–1929)
Le vent roulait les feuilles mortes ; mes pensées Roulaient comme des feuilles mortes, dans la nuit. Jamais si doucement au ciel noir n’avaient lui Les mille roses d’or d’où tombent les rosées.
Une danse effrayante, et les feuilles froissées Et qui rendaient un son métallique valsaient, Semblaient gémir sous les étoiles, et disaient L’inexprimable horreur des amours trépassées.
Les grands hêtres d’argent que la lune baisait Étaient des spectres : moi, tout mon sang se glaçait En voyant mon aimée étrangement sourire.
Comme des fronts de morts nos fronts avaient pâli, Et, muet, me penchant vers elle, je pus lire Ce mot fatal écrit dans ses grands yeux : l’oubli.