French poem
Non, les baisers d’amour n’éveillent point les morts
by Maurice Bouchor (1855–1929)
Non, les baisers d’amour n’éveillent point les morts ! Baise l’amour vivant de ta lèvre divine ; Et le dernier soupir que rendra ta poitrine Ne sera point chargé d’inutiles remords.
Non, les baisers d’amour n’éveillent point les morts. N’en crois pas là-dessus les ballades anciennes ! Chantez, chantez toujours, lèvres musiciennes, La chanson des amours qui vivent sans remords.
On ne fait point l’amour dans le lit froid des morts ! On ne se cherche pas des yeux dans la nuit noire. N’en crois pas là-dessus quelque ancienne histoire ; Sous terre on n’a pas plus d’amour que de remords.
Viens, aime-moi d’amour, ne pensons pas aux morts ! Ne montre pas le ciel de ta belle main blanche. Cueilles-en les beaux fruits de l’amour, sur la branche Où ne s’est pas glissé l’affreux ver du remords.