French poem
Ô ma chère, qu’il t’en souvienne ! Et qu’il te plaise
by Maurice Bouchor (1855–1929)
Ô ma chère, qu’il t’en souvienne ! Et qu’il te plaise, En tes pensers, de voir souvent cette falaise Où l’on respirait l’air libre et puissant du ciel ; Où, les yeux étonnés d’un spectacle éternel Et l’oreille attentive aux immenses murmures De l’Océan, du vent qui passe et des ramures Des grands arbres tordus au vent du ciel, couchés Dans la fougère, ayant à nos pieds les rochers Et la plage — en rêvant nous laissions fuir les heures… Souviens-toi comme hier, quand je te dis : « Tu pleures, Et pourquoi pleures-tu quand nous nous aimons tant ? » Un sourire passa sur ta bouche, emportant La tristesse d’un cœur qui contient trop de choses. Et tes lèvres de pourpre étaient deux belles roses Qui me tentaient la bouche et riaient à plaisir. Comme un avare, j’ai prolongé mon désir, Muet, t’enveloppant d’un regard tout entière ; Tes beaux cheveux étaient inondés de lumière, Et tes yeux à travers tes cheveux emmêlés Apparaissaient — comme des bluets dans les blés !