French poem
Le Miroir Ovale
J’avais tout disposé, le parfum, le peignoir, Les babouches de soie et d’or, le collier noir, La boîte de cristal pour mettre ses opales Et le miroir d’argent, dont elle aimait l’ovale. Elle n’est pas venue. Une femme passait. Je l’appelai, j’ouvris la porte. Elle sentait La laine, le café, la fatigue et la brume. Vite, je lui donnai, pour qu’elle se parfume, Le flacon. A son cou je mis le noir collier Et les babouches d’or et de soie à ses pieds. Le cristal retentit des épingles tordues Et j’eus la nouveauté d’une épaule inconnue. Mais quand sa main toucha l’ovale du miroir Son haleine ou la mienne empêchait de s’y voir, Faisait dans la buée un dessin de visage... J’ai cassé le miroir à cause de l’image...
OTE TES VÊTEMENTS...
«Ote tes vêtements, étends-toi sur le lit...» Et je la sentirai dans l’ombre qui rougit, Les doigts tremblants au col de sa robe montante, Une rose effeuillée au corsage, hésitante Et déchirée au fond de sa chair par les mots. Ses yeux auront les tons de laque des émaux Sous l’or épais des cils qui se mettront à battre, Ils deviendront plus grands, plus troubles, plus bleuâtres, Elle défaillira sous la brutalité Des gestes et voudra de ses doigts écartés Dérober à demi son regard aux caresses. La crudité des mots augmentant sa faiblesse La fera crier de révolte en se donnant Et mes lèvres des creux de son corps frissonnant Feront courir la volupté comme une eau vive Dans sa froideur de braise et sa pudeur lascive...