Versos French Maurice Magre Le Palais Des Rois

French poem

Le Palais Des Rois

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Le seuil de cuivre feu avait cent trente marches Et dix mille guerriers levaient leurs sabres plats. La porte était immense et s’ouvrait comme une arche Et les rois revêtus d’or safran étaient là.

Des chœurs retentissaient comme pour des obsèques, Les bannières claquant comme des oiseaux fous, On voyait flamboyer les mitres des évêques Et les juges avaient des visages de loups.

Et derrière ondulaient sous la géante abside Des rivières de cavaliers aux flots profonds. Des rayons s’échappaient des armures splendides, Les cuirasses luisaient sur les caparaçons.

Et les clefs et les sceaux et les mains de justice Damasquinés de talismans et de bijoux, Reposaient sur la pourpre à côté des calices Portés par des hérauts chevelus, à genoux.

Et les chevaux piaffaient sur l’or des mosaïques Et devant la splendeur d’un si grand appareil Les pauvres un à un venaient, microscopiques, Jusqu’au palais de feu beau comme le soleil.

Et les bourreaux joyeux avec leurs longues armes Coupaient les têtes à grands coups sur l’escalier, Et les rois quelquefois s’esclaffaient jusqu’aux larmes Et les rires faisaient cogner les cavaliers.

Les membres confondus et les têtes coupées Élevaient jusqu’au ciel leur amoncellement, Les évêques parfois avec leurs mains trempées D’eau bénite, aspergeaient le monceau gravement.

Et mon cœur soulevait mon étroite poitrine De terreur en marchant vers le seuil à mon tour, Je me sentais devant ces puissances divines Plus frêle qu’un oiseau, moins qu’une plume lourd.

Devant les cavaliers et les rois formidables, Les juges monstrueux et les bourreaux géants, Je n’étais, moi porteur d’une âme pitoyable, Que fragment de poussière et reflet de néant.

Je ramassai pourtant un caillou, ma sagesse M’enseignant de lutter jusqu’au dernier moment, Et je le lançai loin, de toute ma faiblesse, Vers le palais des rois recouvert d’ornement.

Et voilà que soudain du monument de gloire Il ne resta plus rien au choc de mon caillou Qu’un coin de chapiteau, que l’os d’une mâchoire, Qu’une mitre d’évêque avec tous ses bijoux.

Et j’ai craché sur ces débris et ces poussières Et j’ai d’un coup de pied lancé la mitre aux cieux, Car l’homme pauvre et seul et qui porte une pierre Est plus fort que les rois et plus puissant que Dieu.