French poem
Le Passage De La Belle Heure
La belle heure est venue et nous n’avons rien su. Elle a sans doute ouvert la porte à notre insu, Elle n’a pas sonné, elle a glissé sans geste. Elle était près du feu merveilleux et modeste. Nous n’avons pas été tous deux bien accueillants, Toi, tu cachais ton beau visage souriant, Tu n’as pas fait de thé, tu disais des paroles Au hasard, tour à tour amicales, frivoles, Et moi je calculais l’ennui de ces moments. Celle qui vient nous voir pourtant si rarement, Disparut sans adieu comme sans bienvenue... Une belle personne, ai-je dit, est venue. Nous l’avons ignorée alors qu’elle était là. Je ne vois qu’à présent son charme et son éclat. C’est dans le grand fauteuil qu’elle s’était assise. Sa robe était en soie éteinte, amande et grise, La chambre est parfumée avec son souvenir. Nous laisserons la porte ouverte à l’avenir... Pourvu que son image aux miroirs se révèle? Quel regret de s’être ennuyé à côté d’elle! On ne le sait qu’après! Qui donc nous préviendra Quand l’heure du bonheur doucement entrera...
CELUI-LA, JAMAIS PLUS...
Quand tu reposeras près d’un autre, la nuit Et que tu veilleras, comptant le temps qui fuit, Écoutant bourdonner ton ardeur à tes tempes Ou regardant trembler sur les tapis la lampe, Peut-être croiras-tu me voir auprès de toi. Ce seront mes cheveux où glisseront tes doigts. Ce sera mon épaule à côté de la tienne. Ce sera la présence et la chaleur ancienne. Alors, te rappelant l’étreinte sur mon cœur, Peut-être voudras-tu dans un plaisir trompeur Ressusciter l’amour de ces nuits disparues. Au bercement des bruits qui montent de la rue, Au même creux du lit creusé par vos deux corps, Tu chercheras à retrouver le frisson mort Et trois fois tu m’appelleras du fond de l’âme Et du fond de ta chair désireuse de femme. La lampe tremblera toujours sur le tapis Et les bruits monteront de la rue, assoupis, Tu fermeras les yeux pour mieux voir apparaître La volupté sortant du mystère de l’être, Tu tiendras des cheveux, des vertèbres, des bras, L’antique forme humaine en les ombres des draps, Mais le baiser vivant sur nos lèvres fermées, Celui-là, jamais plus, vois-tu, ma bien-aimée...