French poem
L’Humilité
Veux-tu mieux vivre sur la terre Et mieux mourir au jour venu ? Confesse alors ton inconnu Et courbe-toi sous ton mystère.
Désaccoutume-toi du blâme Et des engouements de vertu, Puisqu’il suffit d’un seul fétu Pour faire chavirer une âme ;
Puisque la volonté bascule Au gré de la tentation Dont l’infaillible occasion Vient à nous quand on y recule.
Reste naïf avec les autres ; Garde tes contrôles pour toi, Et note le mauvais aloi De tes sentiments bons apôtres.
En dépit de son stratagème Confonds ta versatilité, Et contrains ton humilité D’être l’espionne d’elle-même.
Malgré lui l’orgueil nous harcelle N’étant jamais assez contrit, Et la poussière de l’esprit N’obéit qu’à cette parcelle.
Pour tuer en ta conscience La vanité du repentir, Il te faut donc assujettir Ton remords à ta défiance.
Car ton ferme propos ressemble À ces falots errant la nuit : La rafale qui les poursuit Peut souffler leur lueur qui tremble.
Dans le Bien marche simple et triste Et dis-toi, pèlerin confus, Que le vieil homme que tu fus Est un revenant sur ta piste.
Le vertige qui nous entraîne Est changeant et précipité ; On va tourner dans la bonté, Qu’on tourne déjà dans la haine.
C’est pourquoi, louche à tous tes pactes Comme un tyran à ses sujets Et déconcerte tes projets Par les scrupules de tes actes.
Sois l’hésitant de ta justice Et le timoré de ta loi ; Et quand tu sens grandir ta foi Que ton doute la rapetisse.
Maintiens ta rigueur asservie Sans cesse à son propre soupçon. C’est seulement par ce frisson Que tu mortifieras ta vie.
Le Mal te voue à son empire : Exagères-en la frayeur. Tu seras peut-être meilleur En craignant toujours d’être pire.