Versos French Maurice Rollinat La Vanité

French poem

La Vanité

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Tel trappiste de l’Incroyance Dépose ainsi devant son cœur Ce formidable épilogueur Si pointu dans sa clairvoyance :

« Comme tous mes frères mauvais. Je tourbillonne vers la tombe Mais mieux qu’eux je sens que j’y tombe En songeant toujours que j’y vais.

Je suis cette ébauche terreuse, Son graduel façonnement, Et je vois dans chaque moment La goutte du temps qui la creuse.

Ma vision d’inanité Ne perçoit plus même l’atome, Puisque pour moi tout est fantôme En face de l’éternité.

Je sais que ma pensée avide, Au bout de son effort géant, N’a violé que du néant Et n’a pénétré que du vide.

C’est pourquoi rejetant l’orgueil Comme un bouclier qui nous leurre, Je m’avance à ma dernière heure Revêtu de mon propre deuil.

Mon esprit, ma bête et mon ame Végètent sur leurs appétits, Tous les trois désempuantis Du sortilège de la femme.

inutile corrosion Du positif et du peut-être, Ma raison, inapte à connaître, Conclut à sa dérision ;

Comme une taupe dans la terre Que l’âge empêche de ronger, Elle n’a plus qu’à se figer, Deux fois aveugle en son mystère.

Ma volonté se sent moisir Dans l’indifférence intentable, Et j’ai tari le convoitable En stérilisant mon désir.

Jusqu’au fossé du cimetière, Le seul vrai but de mon destin, Je ne m’accorde que l’instinct Et les besoins de la matière.

Cet ici-bas ne m’étant rien, Hors des conventions humaines, J’use mes jours et mes semaines, Ne produisant ni mal ni bien ;

Je chauffe ma philosophie À la cendre de mon dégoût, Si cloisonné d’oubli de tout, Que je vis derrière ma vie.

Donc, s’en remettant à son sort Mon individu ne consiste Qu’à faire ce par quoi j’existe, C’est-à-dire à n’être pas mort.

Plus d’affection qui m’enchaîne ! Insoucieux de mon lambeau, Dans l’égoïsme du tombeau, Je marche, comme un ver se traîne.

Il semblerait qu’en ce chemin De nihilisme sans mirage, Je ne sentisse pas l’outrage Qui m’arrive de l’être humain.

Et pourtant, sachant sa piqûre Aussi vaine que ma raison, J’en souffre une démangeaison D’ennui sourd et de rage obscure.

Dès l’attaque, j’ai pardonné, Mais j’en garde un oubli complexe, Moitié certain, moitié perplexe Et moins tranquille qu’étonné.

D’où vient que la mansuétude Met une sueur à mon front, Et qu’ayant supporté l’affront Il me reste une inquiétude ?

Vieil arbitre, rassure-moi ! Pourquoi ce vague et lent supplice ? Réponds, vieux chicanier complice, Étant si mort à tout… Pourquoi ? »

— Eh bien ! dit le Cœur, fais relâche À ta pompeuse humilité : C’est encor de la vanité Que d’avoir souci d’être lâche !