French poem
La Vie
Visqueusement sortir d’un être Qui vous inocule à foison Ses héritages de poison, C’est naître.
Cet angélisme sans défense Et sans haine contre le mal, Dont il a le germe fatal, C’est l’enfance.
Cette chair en effervescence Où déjà le vice en éveil Chuchote un infâme conseil, C’est l’adolescence.
L’expansive animalité, Folle et chaude comme une lave Que bientôt la raison déprave, C’est la puberté.
Cette ambition ivrognesse Dont le verre est toujours béant, Et qui bat les murs du néant, C’est la jeunesse.
Ce sentiment retors et dur Qui se pelotonne si triste Au fond de sa peur égoïste, C’est l’âge mûr.
Cette usure tout d’une pièce Qui se raccroche au souvenir Pour tâcher de se soutenir, C’est la vieillesse.
Enfin, regarder s’entr’ouvrir Dans une vision livide Le Grand Secret, — peut-être vide ? — C’est mourir.