French poem
Le Roman
Un auteur contrefait le manuscrit du Mal, Il ne reproduit pas son texte original, Si fourmillant, si faux, si compact et si trouble Que le remords s’égare en en prenant le double.
C’est pourquoi le roman où le plus noir cerveau A machiné la mort, le crime et la folie, Ne dégage à coup sûr le frisson du nouveau Que pour le cœur épais qui s’ignore ou s’oublie.
Car l’homme conscient de sa perversité, N’y voyant qu’un portrait vaguement reflété De sa propre hantise et de son propre drame, Se dit : « J’ai déjà lu tout cela dans mon âme !
« Or, le démon avide au labeur dépêché Presse les attentats que mon rêve élucubre ; Il apporte partout sa trouvaille lugubre,
« Son imprévu hideux au roman du péché, Et je suis sa dictée avec un tel délire Hélas ! que je n’ai pas le temps de me relire. »