French poem
Dans les Bois
by Pamphile Le May (1837–1918)
L'espion indien marche dans la forêt. Il porte dans son âme un terrible secret, Un secret que, d'abord, il garda par malice, Puis, ensuite, par honte. Et jamais nul supplice Autant que ce secret ne tortura son coeur. Naguère, en le disant, il eut fait de bonheur Tressaillir des esprits brisés par l'infortune. Il voulait racheter son ardente rancune Par une amitié vive et par le dévouement, Avant que de venir s'accuser humblement; Et maintenant il croit qu'il est trop tard. Il pense Que le vaillant Léon est mort pour la défense De sa foi, de sa langue et de sa liberté. Il l'a vu, sous les coups de l'anglais irrité, Tomber, couvert de sang, au jour de Saint-Eustache.
Voilà pourquoi toujours le vieux huron se cache, Comme un faune honteux, dans l'épaisseur des bois. Dans leurs courses il suit des chasseurs iroquois. Ces anciens ennemis de sa vaillante race, Cherchant le fin castor et la loutre vorace, Partagent avec lui les couches de sapins, Le plomb comme la poudre, et leurs maigres festins. Ils l'eussent fait mourir, jadis, dans les tortures: Ils se fussent aussi, pour orner leurs ceintures, Le scalpel à la main, disputé ses cheveux. Le soleil de la foi s'est levé devant eux!