French poem
Joie et Peine
by Pamphile Le May (1837–1918)
Le doux printemps commence... Une allégresse immense Règne de tout côté. A la terre ravie, Il rend amour et vie, Il rend grâce et beauté.
Mais, hélas! la tombe muette Ne me rend pas, en ces beaux jours, Les deux anges que je regrette, Les fruits de mes chastes amours!
La fertile prairie Nous rend la fleur jolie, Les arômes nouveaux; La forêt, son ombrage Et le charmant ramage Des matineux oiseaux.
Mais, hélas! la tombe muette Ne me rend pas, en ces beaux jours, Les deux anges que je regrette, Les fruits de mes chastes amours!
Les bosquets solitaires Nous rendent leurs mystères Et leurs joyeux échos; Les ruisseaux et les fleuves, Mille parurent neuves Qui luisent dans leurs flots.
Mais, hélas! la tombe muette Ne me rend pas, en ces beaux jours, Les deux anges que je regrette, Les fruits de mes chastes amours!
L'aube nous rend encore Son gai reflet qui dore Nos rayonnants châssis, Et la perle brillante, Qui s'attache, tremblante, A la coupe des lis.
Mais, hélas! la tombe muette Ne me rend pas, en ces beaux jours, Les deux anges que je regrette, Les fruits de mes chastes amours!
Le ciel rend la rosée A la glèbe épuisée; Il nous rend le soleil, La vive luciole, La brise fraîche et molle, Le papillon vermeil.
Mais, hélas! la tombe muette? Ne me rend pas, en ces beaux jours, Les deux anges que je regrette, Les, fruits de mes chastes amours!
La mer nous rend ses lames Que déchirent les rames Des pêcheurs indolents, Et les blanches nacelles Qui balancent leurs ailes Comme des goélands.
Mais, hélas! la tombe muette Ne me rend pas, en ces beaux jours, Les deux anges que je regrette, Les fruits de mes chastes amours!