Versos French Pamphile Le May L'heure des Enfants

French poem

L'heure des Enfants

by (1837–1918)

Listen in the reader

Lorsque les feux du jour commencent à s'éteindre, Que de son aile noire, au loin, la nuit vient ceindre, Les lacs aux flots d'azur, et les bois et les champs, Le tumulte se tait, le travail se repose,— L'oiseau vole à son nid, le zéphyr, à la rose.... C'est aussi l'heure des enfants!

Dans la chambre, là-haut, j'entends un bruit étrange, Et plus d'un pied mignon qui soudain se dérange Et froisse, en trottinant, les dessins du tapis; J'entends le son plus sourd d'une porte qu'on pousse, Et des petites voix, l'une humble, l'autre douce, Qui bruissent comme des épis.

De l'étude où je suis, ma lampe qui scintille Me laisse apercevoir une forme gentille Qui descend l'escalier au fond du corridor: C'est ma chère Allégra, ma petite rieuse; Alice est avec elle, et fait la sérieuse; Et puis Edithe aux cheveux d'or!

Elles se parlent bas d'un ton plein de mystère... L'une à l'autre, aussitôt, fait signe de se taire... La joie éclate bien dans leurs regards coquins! C'est, sans doute, un complot qu'en secret l'on machine... Il me vient des soupçons!... On veut, je le devine, Me surprendre sur mes bouquins!

Et la troupe enfantine avec ardeur s'élance, Par trois portes où j'ai négligé la défense, Et franchit vaillamment mes superbes remparts! Le succès l'encourage! elle monte à son aise Sur les bras, le dossier de mon antique chaise!... Je suis cerné de toutes parts!

Pour se tenir sur moi l'une à l'autre s'appuie: Leurs baisers sur mon front tombent comme une pluie: Elles m'ont fortement enchaîné dans leurs bras! Je suis, comme autrefois, cet évêque célèbre Captif aux bords du Rhin, ou peut-être de l'Ebre, Dans la tour magique des Rats.

Mais croyez-vous vraiment, adorables canailles, Parce que vous voilà dans mes vieilles murailles, Que de vos grands yeux Meus, moi, je vais avoir Je vous retiens ici, mes charmantes guerrières! Vous ne sortirez plus! Vous êtes prisonnières, Et prisonnières dans mon coeur!

Inutile pour vous de faire les rétives, Vous êtes bien à moi, vous êtes mes captives! Ma victoire m'inspire une juste fierté! Jusqu'à ce que mon coeur que la tristesse mine S'en retourne en poussière, et soit une ruine Vous n'aurez plus la liberté!