French poem
Le Flutiste et le Carcajou
by Pamphile Le May (1837–1918)
Dans la forêt, un jour, un poète flûtiste S'enfonça pour herboriser. Il était donc de plus, un peu naturaliste, Me direz-vous? C'est vrai. L'on voit s'harmoniser Les beaux-arts avec la science; L'esprit qui voit un peu veut davantage voir; Et plus l'homme est puissant plus il a conscience D'un suprême pouvoir.
Donc un flûtiste, un jour, un flûtiste poète, Un peu naturaliste aussi, je le répète, Cherchait, dans les grands bois, Des mousses, des fougères, De ces fleurs qui parfois Vêtent des robes étrangères. Il tomba soudain dans un trou Plein de feuilles, de branches mortes Et d'ossements de toutes sortes. C'était le lit d'un carcajou. Le fauve s'élance et s'accroche, Suivant sa façon, Au rameau le plus proche Pour se jeter de là sur le pauvre garçon. Mais celui-ci prend aussitôt sa flûte Et fait redire aux bois des chants mélodieux. La bête dans son coeur sent une étrange lutte, Puis le voile de sang qui recouvrait ses yeux Petit à petit se déchire; Elle soupire, Descend de l'arbre et vient comme pour implorer Celui que tout à l'heure elle allait dévorer.
Les paroles de paix et la douceur de l'âme Ont désarmé plus d'ennemis Que la force brutale ou les discours de flamme N'en ont jamais soumis.