French poem
Le Nouveau Régime
by Pamphile Le May (1837–1918)
Un jour les animaux sauvages, Pour s'illustrer, Résolurent de se titrer Tout en supprimant les servages; C'était fort beau déjà, Mais pas assez, et l'on songea, Dans une agape présidée Par un jeune lion,— Car c'est là, paraît-il, que surgit toute idée.— On songea qu'il fallait, mais sans rébellion, Faire un gouvernement d'une nouvelle forme, On choisit aussitôt le représentatif Comme le plus récréatif Et l'on publia la réforme. Les fauves de partout parurent satisfaits De cette source de bienfaits.
Dans les divisions rurales Les élections générales Se tirent partout à la fois. Personne ne vendit sa voix. Mais une élection fut cependant perdue À cause, parait-il, de l'influence indue.
Des lièvres, des lapins, des singes, des renards, Des loups et des élans, et même des canards Vinrent siéger dans ces Communes. On nomma sénateurs des carillons rassis, Des ours graves, des cerfs, des tigres radoucis, Tous fauves au-dessus des mesquines rancunes.
De par le droit, coutumier Dont tout peuple s'honore, Un lion à la voix sonore Voulut être premier. Secouant sa crinière, ouvrant son oeil de flamme, Il commenta son grand programme, Et la droite battit des mains. La gauche s'irrita; plus vive que polie, Elle dit que jamais, même chez les humains, On avait vu telle folie. Chacun resta de son côté; Cela s'appela loyauté.
Après tout les affaires N'en allaient pas plus mal; Si l'état du budget se montrait anormal, C'était la faute aux adversaires. Chez les bêtes encore on verrait sûrement Ce bon gouvernement, Si, du fond de son antre, un vieux loup philosophe N'avait, d'un ton fort solennel, Lancé cette apostrophe:
—Votre gouvernement constitutionnel, C'est la tyrannie, Sottement bénie, D'un seul par le moyen de tous.
Vainement un renard lui dit:
—Qu'en savez-vous, Pour parler de cette manière, O loup qui dans votre tanière Restez comme sous un linceul?...
Cest le règne de tous par le moyen d'un seul.