Versos French Pamphile Le May Le Nuage et le Soleil

French poem

Le Nuage et le Soleil

by (1837–1918)

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Le soleil rayonnait sur les bois et les plaines Depuis longtemps, Et les promesses du printemps Devenaient vaines; Lus cieux étaient sereins, rien n'en tachait l'azur; La terre était dans la souffrance; La fleur inclinait son front pur, Et l'espérance Ne germait plus dans le sillon. Un nuage parut comme un noir tourbillon:

—Il est temps que j'arrive, Cria-t-il au soleil, Si je veux que la terre vive Et secoue un peu son sommeil; Tu crois la réchauffer et ton rayon la brûle; Recule! Laisse-moi réparer les maux Que tu causes en mon absence.

Le nuage, à ces mots, Pour montrer sa puissance, Ouvre son aile sombré et voile le ciel d'or. Il fit longtemps pleuvoir, et la terre, inondée Par cette interminable ondée, Souffrit encor.

Alors l'inquiétude Entra dans l'âme des humains, Et puis la multitude, Vers le ciel élevant les mains, Supplia le Dieu sage De mettre enfin d'accord et soleil et nuage. Le Seigneur entendit ses voeux.

—Ecoutez, dit-il, je le veux, Brillant soleil, nuage sombre; La terre a besoin de vous deux; Il lui faut l'eau du ciel mais il lui faut ses feux: Allez souvent, mais non pendant des jours sans nombre, Pour mieux la féconder, De pluie et de rayons tout à tour l'inonder.

Notre coeur a besoin, comme la terre avide, D'orage et de soleil souvent et tour à tour; Un bonheur trop constant le rend parfois aride, Un long malheur, parfois, l'écrase sans retour.