Versos French Pamphile Le May Le Service Funèbre

French poem

Le Service Funèbre

by (1837–1918)

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Nul ne doit l'ignorer, la, charité chrétienne De l'âme de nos morts veut que l'on se souvienne. Elle invite à prier sur les sombres tombeaux; A brûler des encens; à porter des flambeaux Qui sont l'emblème saint de la vie éternelle; A cultiver toujours cette amour fraternelle Qui nous tenait unis à ceux qui ne sont plus: Et nous mêlons nos voix à celles des élus, Nous pauvres pèlerins de ce malheureux monde, Pour bénir du Seigneur la sagesse profonde, Pour chanter, dans l'exil, les louanges de Dieu; Et nous prions ensemble en regardant ce lieu De douleur et d'espoir ou le Seigneur Auguste Purifie à jamais, par le feu, l'âme juste.

Or le jeune marin n'avait pas oublié Les rapports qui l'avaient pendant longtemps lié A ses deux matelots péris dans la rivière. Il avait, chaque jour, uni, dans sa prière, En les recommandant au Dieu plein de bonté, Leurs deux modestes noms. Mais de sa piété Il voulait leur donner un plus liant témoignage: Il voulait leur offrir un plus touchant hommage.

Un matin le clocher jeta de longs sanglots: Les trois cloches d'airain pleuraient comme des flots Que rejettent les vents sur la plage sonore, Puis elle se taisaient, pour commencer encore. Et les autels dorés étaient tendus de noir; Et les parfums montaient du brillant encensoir. Les cierges allumés, pareils à des opales, Sur les voiles de deuil jetaient leurs flammes pâles: Les clercs psalmodiaient en regardant la croix; L'orgue sombre, élevant ses merveilleuses voix, Faisait d'une harmonie étrange et douloureuse Trembler la voûte sainte. Et la foule pieuse Priait agenouillée avec les deux marins Qui semblaient abattus par de nouveaux chagrins. L'Eglise célébrait un solennel service: Elle offrait pour leurs morts le divin sacrifice.

Le curé ne pouvait bannir de ses esprits, Sans trouble ou sans remords, ce qu'il avait appris Des rapports de Louise avec le capitaine; Il ne pouvait vouloir qu'à sa perte certaine Courut une âme pure, un coeur bon et naïf. Aux besoins de son peuple il était attentif. De son humble troupeau, pasteur tendre et fidèle, Il éloignait le mal avec un divin zèle. Sous le chaume ou louait sa douce charité; On recueillait partout, avec avidité, Les paroles de paix; qui tombaient de sa bouche. Il savait captiver l'esprit le plus farouche Et s'attacher les coeurs par son aménité. Il ne se servait pas de son autorité Pour faire triompher une foi politique. Son peuple n'avait pas, dans son bon sens rustique, La sotte vanité qui s'épand eu tout lieu De se croire assez fort pour se passer de Dieu.

Quand des cloches d'airain les longs sanglots finirent; Quand les cierges bénis tour à tour s'éteignirent, Comme les astres d'or au bord du firmament, La foule des chrétiens s'éloigna lentement, Fléchissant le genou devant l'eucharistie. Le prêtre vit Lozet, et dans la sacristie Le faisant appeler, lui parla longuement, Tantôt avec douceur, tantôt sévèrement, De la tendre amitié qui dorait l'existence, Mais aussi menaçait la suave innocence De la jeune Louise. Et le père Lozet Ecoutait, les yeux bas, respectueux, muet, Les conseils importants du vénérable prêtre. Il lui dit à la fin:—«Je ne puis méconnaître «Les soins sacrés que j'ai dès longtemps espérés. «Je ferai désormais ce que vous désirez.»

Les deux jeunes amis voyaient-ils la tempête Qui grondait sourdement au-dessus de leur tête? Savaient-ils les rumeurs, savaient-ils les propos Que des langues d'enfer jetaient à tous échos? Pendant qu'ils se parlaient le souris sur les lèvres, Savaient-ils que Ruzard, brûlant d'impures fièvres, Tramait dans le fumée, au milieu de la nuit, Avec son compagnon, dans un sale réduit, Leur perte et leur malheur? Comme, dans un mirage, A nos yeux étonnés, apparaît un rivage Avec ses prés en fleurs, ses dômes de rameaux, Ses rivières d'argent et ses calmes hameaux; Ainsi, dans leur espoir, leurs âmes enivrées Voyaient de l'avenir les voluptés sacrées. Ils restaient, quelque fois longtemps silencieux, Regardant suspendue à la voûte des cieux, Comme une lampe d'or, la lune étincelante; Ou regardant passer sur la neige éclatante, Comme un penser amer dans un esprit souffrant, L'ombre d'un noir nuage emporté par le vent. Elle disait parfois combien son noble père Avait de haut respect et, d'amitié sincère, Pour un jeune habitant, qui se nommait Ruzard; Et comme elle avait peur d'irriter le vieillard En détruisant, un jour, sa suave espérance Par cet éloignement et cette indifférence Qu'elle éprouvait toujours pour l'amoureux garçon. Et quelque fois, alors, un étrange soupçon Traversait comme un dard l'âme du capitaine. —«Oh! l'amour, disait-il, est comme une fontaine «Qui coule en murmurant dans les prés de velours. «Si pour la retenir vous obstruez son cours, «Elle monte, elle monte, et bientôt elle inonde, «Elle emporte la digue; ou, détournant son onde, «Elle glisse, s'empresse et s'en va serpentant, «Par un nouveau chemin, au fleuve qui l'attend.» La vierge répondait: «O Léon, je vous aime!» Et baissait ses grands yeux d'une douceur extrême. A l'instant il sentait ses craintes s'apaiser, Et sur un front brûlant déposait un baiser.