French poem
Liberté et Fatalité
by Pamphile Le May (1837–1918)
Deux amis discutaient une chose fort grave: La liberté; L'un disait: On est libre, et l'autre: On est esclave De la fatalité. Le discours s'anima; l'on en vint aux injures En guise de raisons. On se traita de tout: d'ignares, de parjures Et d'oisons. Le partisan du libre arbitre, Pour finir le chapitre, En appelant l'autre un mulet, Braqua sur lui son pistolet.
—Comment! tu voudrais donc tuer un camarade! Au mépris du devoir, au mépris de l'honneur? S'écria, stupéfait, le second raisonneur.
—Pourquoi, dit le premier, cette belle tirade Si je ne suis pas libre et ne puis décider? C'est tout en ma faveur que tu viens de plaider; Je ne voulais pas autre chose. Tu me crois libre: alors, ne crains donc pas que j'ose, Dans un emportement brutal, Te porter quelque coup fatal.
La liberté, ce bien sublime, Où notre science s'abîme, Ne se laisse guère expliquer Mais ne cesse jamais de se voir invoquer.