French poem
Mélancolie
by Pamphile Le May (1837–1918)
Lorsque la nuit étend son pâle voile Comme un drap noir sur un sombre cercueil, Dans la noirceur quand apparaît l'étoile Comme l'espoir dans un coeur plein de deuil.
II
Mon oeil humide à travers sa tristesse Voit s'écouler la foule des heureux, Pareille aux flots qu'avec bruit et sans cesse, Roule au rivage un souffle rigoureux.
III
Je vois passer, comme au jour d'une fête, Quelques amis vêtus pompeusement Et qui de moi détournèrent la tête... Que fit rougir mon grossier vêtement.
IV
Je vois passer, légère et palpitante, Comme une fleur que promène le vent, Une beauté dont l'oeil trompeur enchante Et dont le coeur vous trahit bien souvent...
V
Puis je chemine où le hasard me pousse, La tête basse et d'un pas indécis: Et sous un toit que recouvre la mousse, Quand je suis las, je cache mes soucis.
VI
Et là debout devant une fenêtre Par où le jour ne peut qu'à peine entrer, Plein d'amertume, oh! je regrette d'être... Et je voudrais dans la poudre rentrer!
VII
Coulez! coulez! ô longs jours de tristesse! Dans votre fuite emportez mes douleurs! Coulez! coulez avec plus de vitesse! Assez longtemps j'ai répandu des pleurs!
VIII
Loin de la rive où j'ai laissé l'ivresse, Infortuné, je sèche dans l'ennui! Je ne vois point de terme à ma détresse! L'espoir, hélas! ne m'offre plus d'appui!
IX
Mon coeur souvent, à la brise qui passe, Confie, en vain, des plaintes, des souhaits! Souvent mes yeux s'égarent dans l'espace Cherchant le ciel sous lequel je chantais!
X
La jeune fleur s'épanouit et tombe Jouet futile emporté dans les champs; Comme elle, moi, dès l'aube je succombe, Et je dirai bientôt mes derniers chants!