Versos French Pamphile Le May Regrets!

French poem

Regrets!

by (1837–1918)

Listen in the reader

Quel sort mystérieux nous entraîne à la ville Nous, timides enfants du simple laboureur? O champ de nos aïeux! ô campagne tranquille! N'étiez-vous pas assez pour notre pauvre coeur?

Je ne suis plus au temps où de ma douce mère Sur mon front, chaque soir, je sentais le baiser! Au temps où le malheur nous semble une chimère Où le Destin se laisse aisément apaiser!

Des souvenirs d'alors mon âme est toute avide; Ils relèvent le coeur lorsqu'il a succombé. C'est le parfum qui reste au vase que l'on vide! Le feu qui reste au ciel quand le jour est tombé!

Depuis que j'ai laissé les sentiers de l'enfance, Et mes rêves de rose, et ma mère, et mes jeux, Souvent je me suis vu rejeté sans défense, Comme une feuille au vent dans ce monde orageux!

Bien des jours sans soleil ont glacé ma jeunesse! Et mes pleurs ont noyé le feu qui m'animait! Plus d'un homme jaloux que le bonheur caresse A foulé sous ses pas le luth qui me charmait!

Je veux bien oublier la haine ou la malice Des hommes au coeur dur qui me laissent souffrir; Je ne souhaite point qu'ils boivent mon calice, Ni qu'ils mangent le pain qu'ils me veulent pétrir!

Mais vous ne savez pas, gens heureux de la terre, Comme la vie est dure à celui qui n'a rien!... Jamais aux coupes d'or il ne se désaltère... Il cueille une douleur où vous cueillez un bien!