Versos French Pamphile Le May Québec

French poem

Québec

by (1837–1918)

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Le chant était fini. La mer cessa de bruire; Et Champlain doucement souriait. On vit luire, Pendant qu'il contemplait les bords majestueux, On vit luire pourtant une larme en ses yeux.

Dans l'avenir obscur, Champlain, ton regard plonge, Vois-tu naître et grandir, en un merveilleux songe Un peuple qui saura, dans ces climats lointains, Se forger à son tour de glorieux destins? Mais quel que soit ton rêve, ô puissante âme humame! Tu sembles commander, et c'est Dieu qui te mène!

Regardez, voyageurs, les bords se rapprocher. Comme un noeud qui les lie, un énorme rocher Les domine, superbe. Il semble une muraille. Mais, dans l'épais granit, le beau fleuve se taille, Lui, sorti déjà grand des hauts plateaux déserts, Un lit vaste et profond comme le lit des mers.

Québec! Québec! Du pont de la fière carène L'ancre tombe, Ô le gai grincement de la chaîne!... Québec, les bois t'offraient leur baume profané, Et des siècles de nuits dans ton ciel ont plané, Mais le soleil se lève et l'ombre s'évapore. Voici des temps nouveaux qui commencent. Adore! C'est le réveil. Tout va chanter autour de toi. Dépouille le mensonge, et, sur ton front la foi Versera les parfums de sa coupe divine.

Québec, sur ton sommet que le ciel illumine, Au vent qui n'a bercé que des bois assouplis, L'étendard de nos rois va dérouler ses plis. Un héros te l'apporte. Il approche, il arrive. Son pied foule déjà ta solitaire rive, Ta rive où les vieux pins et les épais fourrés Devront tomber bientôt, car aux champs labourés Il faudra l'orge blonde et les fenaisons vertes. Et des colons nombreux, armés de faux alertes, Avec lui sont venus. Dieu l'a guidé. Tout plein D'espérance et de foi, le voici! C'est Champlain! Fidèle au divin Maître, ouvrier de sa gloire, Sur le front orgueilleux de ton beau promontoire Il burine son nom. Et, moment solennel, Il fait de ton rocher un temple à l'Éternel.

Mais quel bruit! Le sol tremble. Ô l'infernal vacarme! Cris de rage et de haine! inexprimable alarme! Orgie ou chants de mort des guerriers sous les bois! Funèbres hurlements de la meute aux abois; Et râle plein d'horreur du tigre qu'on égorge!... Un vent de feu rugit, tel un soufflet de forge. Lourd et noir, un nuage apporté par ce vent, S'étend dans les hauteurs comme un linceul mouvant, Et la voix d'un démon crie à Dieu ce blasphème: —«Maudit soit l'étranger! et maudit le ciel même!» Et l'enfer applaudit.

Partout c'est la stupeur. L'homme tombe à genoux, le fauve est pris de peur. Mais voici qu'un éclair a dissipé les nues. D'un gazon plantureux et de fleurs inconnues, La forêt fait jaillir d'enivrantes odeurs. Comme pour adorer en de saintes ardeurs, Sous un souffle puissant les grands arbres se penchent; En des rythmes plus doux les nids joyeux s'épanchent; L'onde dit un cantique aux bancs de sable d'or; Les coeurs s'en vont au Christ dans un brûlant essor, Et l'on entend chanter partout, comme en un rêve:

«Béni soit le rivage où l'humble croix s'élève! Béni soit l'océan! Béni soit le ciel bleu! Et béni soit celui qui vient au nom de Dieu!»