Versos French Pamphile Le May Premier de L'an

French poem

Premier de L'an

by (1837–1918)

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Oh! j'aime la nouvelle année! C'est une fée à l'oeil d'azur, Dont la lèvre n'est point fanée, Et dont le coeur est encor pur.

Dès l'aurore elle nous apporte, Sans bruit et sans nous éveiller, De beaux hochets de toute sorte, Qu'on trouve sous notre oreiller!

On dit qu'elle use de largesse Envers la veuve et l'indigent, Et qu'elle a des fruits de sagesse Dans une corbeille d'argent.

Mère, au petit enfant qui pleure Est-ce qu'elle en donne en passant? Faut-il qu'il dorme de bonne heure Et qu'il soit bien obéissant?

LE JEUNE HOMME.

Un an s'est envolé, mais un autre se lève!... Amis, sachons en profiter! Oublions le passé! Le passé n'est qu'un rêve! Il ne faut point le regretter. Oh! la vie est charmante! Epuisons, sans attendre, La coupe des riants plaisirs! Enivrons-nous encor d'un regard doux et tendre Qui sait caresser nos désirs!

Un an s'est envolé, mais un autre se lève!... Pour nous il n'a point de tombeau! N'allons point rappeler le moment qui s'achève Lorsque le présent est si beau! Assez tôt les chagrins, la débile vieillesse Nous mettront des rides au front: Savourons nos beaux jours! Egayons la jeunesse! Bientôt, hélas! ils finiront.

Un an s'est envolé, mais un autre se lève!... Oh! qu'il soit pur! qu'il soit serein! Peut-être apporte-t-il, celui-là, quelque trêve Aux larmes du pauvre orphelin. Près de lui l'on sourit, l'on s'amuse et folâtre, Sans regrets comme sans ennui,... Triste et seul, comme hier, il s'assied près de l'âtre Pour pleurer encore aujourd'hui!

Un an s'est envolé, mais un autre se lève!... Comme un flot vient après un flot, Impétueux ou calme, expirer sur la grève Qui tremble aux cris du matelot. Bien vite nous fuyons le berceau du jeune âge! Et les fleurs qu'au bord du chemin Nous cueillons, chaque jour, pour charmer le voyage, Se flétrissent dans notre main!

LE VIEILLARD.

Venez tous, mes enfants, que mes mains vous bénissent! Un nouvel an commence, et mes cheveux blanchissent!... Comme vous, autrefois, j'étais jeune et léger; J'avais au fond du coeur de belles espérances; J'ignorais les ennuis, j'ignorais les souffrances; Et je ne croyais point qu'ainsi tout dût changer! Venez tous, mes enfants, que mes mains vous bénissent! Un nouvel an commence, et mes cheveux blanchissent...

Je trouvais que les jours étaient lents à venir: J'aurais voulu, mon Dieu! les voir tomber plus vite. Comme vous je courais au jeu qui vous invite: J'oubliais le passé pour croire à l'avenir! Venez tous, mes enfants, que mes mains vous bénissent! Un nouvel an commence, et mes cheveux blanchissent!...

Je vois bien quelle était, en ce temps, mon erreur: Et si je retournais aux sources de la vie!... Mais j'arrive au banquet où la mort me convie!... A mon âge on n'a plus qu'une vaine terreur! Venez tous, mes enfants, que mes mains vous bénissent! Un nouvel an commence, et mes cheveux blanchissent!...

Maintenant ma voix tremble et je suis sans amour: Le long de mon sentier je m'en vais solitaire: Mon front pâle et ridé s'incline vers la terre: Et je cherche ma vie, et ne trouve qu'un jour! Venez tous, mes enfants, que mes mains vous bénissent! Un nouvel an commence, et mes cheveux blanchissent!...

Mais il est, toutefois, un grand bonheur pour nous, Pour nous, pauvres vieillards que la tombe réclame, Qui rêvons, tout le jour, assis devant la flamme...... Oh! c'est de vous bénir, mes enfants, à genoux! Venez tous, mes enfants, que mes mains vous bénissent! Un nouvel an commence, et mes cheveux blanchissent!...