Versos French Pamphile Le May Souvenir des Braves de 1760

French poem

Souvenir des Braves de 1760

by (1837–1918)

Listen in the reader

O vous qui sous vos pieds foulez cette poussière Teinte du noble sang des preux, Reportez un moment vos regards en arrière; Songez à ces temps moins heureux Où la guerre troublait nos paisibles campagnes; Où les mères pleuraient leur sort; Où des rives du fleuve au pied de nos montagnes Retentissait un cri de mort!

II

Alors, bouillants d'ardeur, mille héros naquirent Pour sauver nos biens et nos lois. Le combat fut pour eux une fête: ils vainquirent!... Mais ce fut la dernière fois! Sanglant, humilié, le drapeau de la France Dût repasser les vastes mers: Le Canadien pleura sa dernière espérance Et ses regrets furent amers!

III

Mais il demeura grand dans sa longue infortune; Devant son Maître il resta grand Comme le chêne altier que l'orage importune Et qui se courbe en murmurant. Et, souvent il crut voir, sous le charme d'un rêve, Un drapeau blanc semé de lys Revenir de ces lieux où le soleil se lève Et flotter sur son beau pays:

IV

Or voici que le vent du midi, sur son aile, Nous apporte d'étranges sons: D'un triomphe sacré c'est la voix solennelle Après la clameur des canons. Et ces bruits merveilleux de combat, de conquête, Font tressaillir, dans leur cercueil, Les mânes des guerriers qu'un brillant jour de fête Rappelle au monde avec orgueil.

V

O France, après longtemps, sous le ciel d'Amérique On revoit tes fiers étendards! Devant tes escadrons du superbe Mexique Croulent soudain les hauts remparts! Tu redonnes la paix et tu rends sa couronne Au peuple qui gît dans les fers; Ton glaive étincelant l'ait trembler sur son trône Le Monarque injuste ou pervers.

VI

Dans leur tombe d'un siècle entendez-vous encore Frémir les cendres des héros? C'est pour vous saluer, blonds enfants de l'aurore, Que tressaillent ces nobles os! C'est pour vous saluer, vous dont le nom s'envole, D'astres en astres, jusqu'au ciel! Vous qui, le front orné d'une même auréole, Expirez sur le même autel!

VII

Levez-vous! levez-vous, immortelles phalanges Qu'un jour de gloire a vu tomber! Après cent ans de deuil à vos funèbres langes Le monde peut vous dérober! Levez-vous et voyez! Nos forêts et nos terres Ne nourrissent plus d'ennemis! Ceux que vous combattiez sont devenus nos frères: La même loi nous a soumis!

VIII

Et qui donc oserait nous ravir l'héritage Qu'un jour vous nous avez cédé? Qui pourrait nous chasser du fertile rivage Que votre sang a fécondé? Il verrait celui-là qu'un peuple qu'on opprime Se réveille toujours puissant! Et, poursuivi sans trêve, il laverait son crime, Son crime atroce dans son sang!

IX

Des soldats valeureux qui jadis le vengèrent Notre peuple s'est souvenu; A leurs petits enfants les vieillards racontèrent, Quel labeur ils ont soutenu; Et la reconnaissance, au champ de la victoire, A buriné leur souvenir Sur un bronze orgueilleux qui redira leur gloire Dans les siècles de l'avenir!