French poem
Souffle printanier
by Pamphile Le May (1837–1918)
Quand le printemps se lève, D'une écorce qui crève On voit jaillir la sève: Un jeune arbre fleurit; Mais, tout couvert de mousse, Sans un bourgeon qui pousse, Penchant sa tête rousse, Un vieil arbre périt.
Dès que le jour s'éveille, Sur mainte fleur vermeille La matineuse abeille Butine pour le soir; L'âtre joyeux s'allume, Le jardin se parfume, Et le noir labour fume Comme un large encensoir.
Chantant à la lumière Sa chanson coutumière, L'oiseau de la bruyère S'envole de son nid; Et, soupirant sans trêve, Le flot bleu suit la grève, Et le coeur suit le rêve Jusque dans l'infini.
Et les étoiles blondes, Avec mille autres mondes, Sur d'invisibles ondes Semblent errer encor, Cherchant en vain les routes Qui les conduiraient toutes Aux éternelles voûtes Que n'atteint nul essor.
O printemps! O jeunesse! Malgré vos jours d'ivresse, L'âme jeune en liesse Appelle l'avenir! Jour après jour s'effrange, L'avenir, chose étrange, Vient bientôt et tout change... On vit du souvenir.