French poem
Iii
Petit Jésus qu'il nous faut être, Si nous voulons voir Dieu le Père, Accordez-nous d'alors renaître
En purs bébés, nus, sans repaire Qu'une étable, et sans compagnie Qu'une âne et qu'un boeuf, humble paire;
D'avoir l'ignorance infinie Et l'immense toute-faiblesse Par quoi l'humble enfance est bénie;
De n'agir sans qu'un rien ne blesse Notre chair pourtant innocente Encor même d'une caresse,
Sans que notre oeil chétif ne sente Douloureusement l'éclat même De l'aube à peine pâlissante,
Du soir venant, lueur suprême, Sans éprouver aucune envie Que d'un long sommeil tiède et blême...
En purs bébés que l'âpre vie Destine,--pour quel but sévère Ou bienheureux?--foule asservie
Ou troupe libre, à quel calvaire?