Versos French Paul Verlaine Iii

French poem

Iii

by

Listen in the reader

Après la chose faite, après le coup porté Après le joug très dur librement accepté, Et le fardeau, plus lourd que le ciel et la terre, Levé d'un dos vraiment et gaîment volontaire, Après la bonne haine et la chère rancoeur, Le rêve de tenir, implacable vainqueur, Les ennemis du coeur et de l'âme et les autres; De voir couler des pleurs plus affreux que les nôtres De leurs yeux dont on est le Moïse au rocher, Tout ce train mis en fuite, et courez le chercher! Alors on est content comme au sortir d'un rêve, On se retrouve net, clair, simple, on sent que crève Un abcès de sottise et d'erreur, et voici Que de l'éternité, symbole en raccourci Toute une plénitude afflue, alme et s'installe, L'être palpite entier dans la forme totale, Et la chair est moins faible et l'esprit moins prompt; Désormais, on le sait, on s'y tient, fleuriront Le lys du faire pur, celui du chaste dire, Et, si daigne Jésus, la rose du martyre. Alors on trouve, ô Dieu si lent à vous venger, Combien doux est le joug et le fardeau léger!

Charité, la plus forte entre toutes les Forces, Tu veux dire, saint piège aux célestes amorces, Les mains tendres du fort, de l'heureux et du grand Autour du sort plaintif du faible et du souffrant. Le regard franc du riche au pauvre exempt d'envie Ou jaloux, et ton nom encore signifie Quelle douceur choisie, et quel droit dévouement, Et ce tact virginal, et l'ange exactement! Mais l'ange est innocent, essence bienheureuse, Il n'a point à passer par notre vie affreuse Et toi, Vertu sans pair, presqu'Une, n'es-tu pas Humaine en même temps que divine, ici-bas? Aussi la conscience a dû, pour des fins sûres, Surtout sentir en toi le pardon des injures.

Par toi nous devenons semblables à Jésus Portant sa croix infâme et qui, cloué dessus, Priait pour ses bourreaux d'Israël et de Rome, A Jésus qui, du moins, homme avec tout d'un homme, N'avait, lui, jamais eu de torts de son côté, Et, par Lui, tu nous fais croire en l'éternité.